La conversation

J’ai réalisé qu’en écrivant mon livre « Ce que j’aurais voulu que ma mère me dise sur les hommes« , je préparais ma fille à aborder ses futures relations « consenties » avec les hommes. Mais avec les révélations récentes d’agressions sexuelles sur les femmes (et les hommes) dans le milieu du cinéma, j’ai réalisé à quel point je n’avais fait que survoler ce sujet tabou et omettait de préparer ma Paloma à cette triste réalité à laquelle chacun de nous peut se retrouver confronté : le viol et les violences envers les femmes.

J’ai lu il y a quelques semaines un billet sur le blog de Gaelle Prudencio dans lequel elle disait avoir été victime à trois reprises d’agressions sexuelles. La première fois que c’est arrivé, elle n’avait que 8 ans. En la lisant, ma vue s’est brouilée, mon sang s’est mis à frapper sur mes temps car à la place de cette petite fille j’ai vu ma Paloma. Gaelle n’en a jamais parlé à qui que ce soit dans sa famille ni dans son entourage proche jusqu’à récemment. Pour des tas de raisons, notamment le type d’éducation que l’on nous donne en Afrique et même ici en occident, on ne parle pas (ou très peu) de sexualité, d’agressions sexuelles ni de consentement dans nos maisons. On préfère apprendre aux filles à réussir la cuisson de leur riz et à tenir leurs corps et leurs maisons propres.

Je me suis dit que c’était le bon moment pour aborder ces sujets « tabous » avec ma fille et mes garçons. Non pas que je ne l’ai pas encore fait car depuis qu’ils sont petits, ils savent qu’ils ne doivent jamais laisser quelqu’un toucher leur zizi/zézète même si c’est un adulte autre que papa ou maman qui les lave. Etant donné leur âge et degré d’autonomie aujourd’hui, ce cas de figure a été rayé de la liste.

J’ai également toujours répété à mes enfants qu’ils ne doivent pas parler à des inconnus, ne jamais donner ni leurs noms, ni adresses si je ne suis pas là, ne pas suivre qui que ce soit même si on leur disait que maman/papa a eu un accident ou qu’ils sont invités à monter dans un camion rempli de bonbons. En lisant Gaelle, je me suis dit que cela ne suffisait pas. Je devais surtout leur dire que si jamais, au grand jamais, quelqu’un leur faisait du mal, ils devaient savoir 3 choses :

1 / Qu’ils ne sont en rien responsables et ne doivent pas se sentir coupables. Le méchant c’est celui qui fait du mal aux autres, pas celui à qui l’on fait du mal.

2/ Qu’ils doivent ABSOLUMENT le dire à n’importe quel adulte qu’ils verraient en premier, tout de suite, sans hésiter, sans avoir peur parce qu’il ne leur arrivera rien et oui, « trahir », « dénoncer » est la seule chose bien à faire. Si parler est trop difficile, qu’ils écrivent un mot et le laissent là où ils sauront qu’un adulte fiable va le trouver. C’est pour cette raison qu’il est important de pouvoir discuter souvent avec ses enfants pour demander aussi souvent que possible si tout va et si quelque chose les perturbe en ce moment. Même s’ils disent que non, insistez. Insistons. Moi je m’allonge littéralement dans leurs lits, les mains croisées sous la tête pour montrer que je ne suis pas pressée de sortir de la pièce.

Je sais que je ne serai pas toujours là pour protéger mes enfants et cette pensée me traumatise. Avant de publier ce billet, je les ai réunis car, comme la France entière, ils ont vu aux infos cette terrible histoire de féminicide. J’ai donc dû rajouter à la longue liste de choses à faire et ne jamais faire, le réflexe pour les garçons de toujours protéger leur soeur et de ne jamais, au grand jamais lever la main sur une femme.

– « Même si elle est énervante comme Paloma ? » m’a demandé alors mon dernier qui se dispute sans arrêt avec sa soeur.

-« Même si elle est mille fois plus énervante que ta soeur ».

L’aîné des quatre a voulu à ce moment entrer dans un débat sur les femmes qui parfois poussent les gens à bout et là je me suis remerciée d’avoir abordé le sujet. Alors que j’allais d’arguments en arguments, il me semblait toujours moyennement convaincu jusqu’au moment où il m’a demandé ce qu’il devait faire si la fille  s’en prenait à lui physiquement en plus de lui « parler trop fort ».

-« Tu sors de la pièce chéri. Tu sors. Tu respires et tu cherches à tout prix à sortir de là. Les mots ne tuent pas. Mais un coup sous l’effet de la colère, un geste malheureux peut ôter la vie à quelqu’un. Comprendrais-tu qu’un homme me tue parce que je lui ai crié dessus ? »

-« Ben tu fais pas ça Maman donc heuuu… » m’a t-il répondu avec sa nonchalance habituelle.

Il fallait que je gagne ce round alors j’ai insisté.

-« Comprendrais-tu Bryan que je ne sois plus de ce monde parce que j’ai parlé trop fort à quelqu’un comme tu dis ? »

-« Non M’man.. »

-« Alors, promets-moi que jamais tu ne lèveras la main sur une femme. Quelles que soient les circonstances ».

-« Ok, j’ai compris ».

NE FAIS JAMAIS A UNE FEMME CE QUE TU NE VOUDRAIS PAS QUE L’ON FASSE A TA SOEUR OU A TA MERE. 

Cette phrase, mes fils l’ont entendu mille fois et je continuerai de la leur répéter aussi souvent que nécessaire.

Après notre échange, je suis restée de longues minutes à fixer mon aîné avec le sourire comme pour lui dire que je l’avais à l’oeil et qu’il allait entendre ce sujet encore et encore jusqu’à ce que je prêche un convaincu à 100%. La violence physique n’a rien à faire dans une relation. Et elle ne doit jamais être tolérée dès le départ.

J’ai fait répéter la même promesse à Baby Number 3, le 2e y a échappé car il est en stage en ce moment mais y passera lui aussi. J’en ai également profité pour rappeler à Paloma ce que ma mère m’a toujours dit : « On ne parle pas à un homme n’importe comment« .  Non pas pour éviter des coups, mais par choix. Le choix d’instaurer un discours mature et respectueux entre compagnons, le choix de se dire les choses avec la manière, le choix d’honorer, de valoriser et d’encourager son compagne/sa compagne avec nos paroles et nos actes. Et pas le contraire même si, oui, se disputer est sain. On ne vit pas dans un monde de bisounours non plus !

Mais comme il y a toutes sortes de zinzins sur cette terre, quand bien même on parlerait à un type de la manière la plus correcte qui soit, il y a des gens qui viennent avec un bagage que l’on ne soupçonne pas toujours. J’ai donc décidé d’inscrire ma Palo et ses frères à un court d’art martial en me disant que d’ici là qu’elle ait 18 ans, elle aura derrière elle, 10 ans de pratique et à priori de bons réflexes pour se défendre demain pendant que ses frères seront plus dans le self control.

Avant de trouver l’art et le cours parfait, j’ai emmené ma poupette parler de tout cela dans les jardins du Palais Galleria pour noyer la noirceur d’un tel sujet dans un lieu qu’elle associerait à quelque chose de féérique et de beau. Je lui ai rappelé ceci : de ne jamais me cacher quoi que ce soit d’aussi malheureux.

J’ai également insisté sur la dernière chose que mes enfants doivent absolument savoir : c’est que je tuerai toute personne qui leur ferai du mal sans hésitation. D’une longue et lente mort. Pas physiquement car j’irai moi-même en prison et les priverai de leur mère. Non, je tuerai cette personne autrement : je briserai sa vie, du moins ce qu’il en restera. Je porterai plainte, je la trainerai en justice, je l’enverrai en prison, je lui ôterai tout : sa dignité, sa réputation, ses rêves, ses espoirs en faisant savoir au monde entier quel monstre se cache sous son visage. Je ferai tout cela pour lui ôter toute envie de vivre car c’est aux agresseurs de ressentir cela et non aux victimes. Dieu me pardonne mais qui tue par l’épée meurt par l’épée.

N’OUBLIE SURTOUT PAS D’APPELER MAMAN…

Quand à ma Paloma, je sais que viendra un âge où, faute de soeurs, elle se sentira plus proche de ses amies et moins de moi.

Je sais qu’il y aura des périodes de conflits entre nous et que nous ne serons plus aussi proches que maintenant qu’elle est encore une enfant.

Je veillerai toutefois à ce qu’elle sache que s’il lui arrivait malheur, si quelqu’un s’en prenait à elle, qu’elle doit toujours avoir le réflexe de fuir et d’appeler la police, ses frères, son père. Et quand ils en auront fini avec la personne qui s’en est pris à mon enfant,  je gérerai la situation d’une manière qu’elle n’imagine même pas une mère capable de le faire. Puisse-t-elle ne jamais avoir à le faire un jour car il ne lui sera jamais rien arrivé.

Parole de mère.

Photos : La fille du 12eme Photography

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